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La récente communication de la RTS concernant l’écriture inclusive (ou la prise de parole inclusive) a créé quelques remous. Je suis toujours étonnée de découvrir comme la majorité des gens, même les plus progressistes, n’aiment pas le changement. Le rapport à la langue française est personnelle à chacun, mais il ne faut pas oublier que la langue sert à la communication et à porter des idées. A partir du moment où on l’utilise elle s’adapte à son environnement et évolue avec lui. Une langue qui ne s’adapte pas disparaît. Une langue qui n’est plus parlée meurt.

Il est peut-être nécessaire de revenir à la base du français. Celui-ci a été imposé par le roi François 1er comme langue administrative à la place du latin lorsqu’il s’est installé au Louvres. Il a cessé de voyager dans son royaume comme ses prédécesseurs et ne s’est plus, ainsi, adapté à son environnement et à ses sujets en adoptant leur langage. Le mouvement s’est inversé et ce sont les courtisans, ceux qui viennent à la cour, qui ont appris la langue du roi. Ces courtisans venus de tout le royaume avaient besoin de règles pour apprendre la langue: les ouvrages de grammaire ont fait leur apparition et la langue s’est figée. Une première fois.

Au XVIe siècle on souhaitait la nouvelle langue française aussi riche que l’italien et on a trouvé des mots pour chaque réalité. Au XVIIe siècle on a voulu la nettoyer pour qu’elle devienne sublime et sobre. On a créé une Académie française qui a encore pour mission de réguler la langue française. La langue devient instrument du pouvoir et contribue à l’unification du royaume de France. On se bat, partagés entre la primeur de l’étymologie ou celle de l’usage. Plus tard la guerre aux patois fera rage, sur des terres francophones qui ne peuvent admettre le bilinguisme. Pour des raisons militaires sous Napoléon (pour que les soldats comprennent les ordres) ou pour une question d’image (les cantons “agricoles” voulaient redorer leur blason) les variantes régionales du français ont presque disparu.

La vision normative de la langue m’attriste. Je garde d’ailleurs volontairement des erreurs de langage ou de vieux termes fribourgeois dans lesquels je me drape les jours gris et qui me rappellent mon enfance dans un milieu qui a été privé de ses mots. Ma grand-mère, première de sa famille à ne plus parler patois, n’a pas pu remplacer d’un coup de baguette magique tous les mots patois qui étaient sa réalité par les mots français. Ils ont été remplacés par la honte de ne pas parler “comme il faut”.

La société dans laquelle nous évoluons aujourd’hui en mars 2021 en Suisse est multiculturelle et à la recherche d’une égalité entre hommes et femmes, entre personnes d’ici et d’ailleurs, entre jeunes et vieux (et je suis sûre que vous avez “tiqué” avec ce terme qui n’est plus politiquement correct). Il y a de plus en plus de personnes bilingues qui n’ont pas forcément un lien émotionnel à cette langue française mais l’utilisent pour ce qu’elle est, un moyen de communication.

La recherche d’une écriture inclusive a un sens. Elle tente de retranscrire dans la langue, de reconnaître, l’existence de l’autre, en l’occurence la femme, niée et effacée. Cette femme qui du coup ne se sent pas concernée par les discours ou les écrits.

Le débat n’est pas terminé ni la solution trouvée: mais le chemin qui y parviendra est bien plus intéressant que la solution.

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